{"id":18327,"date":"2026-09-29T09:35:54","date_gmt":"2026-09-29T07:35:54","guid":{"rendered":"https:\/\/deep-space-astronomy.ch\/?p=18327"},"modified":"2026-09-29T09:35:54","modified_gmt":"2026-09-29T07:35:54","slug":"prima-nasa-telescope-spatial-far-infrarouge-2033-2026","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/deep-space-astronomy.ch\/en\/prima-nasa-telescope-spatial-far-infrarouge-2033-2026\/","title":{"rendered":"PRIMA : la NASA choisit son prochain grand t\u00e9lescope spatial pour explorer l&rsquo;univers froid (annonce septembre 2026)"},"content":{"rendered":"<p>Le 23 septembre 2026, la NASA a annonc\u00e9 la s\u00e9lection de PRIMA (PRobe far-Infrared Mission for Astrophysics), son prochain grand observatoire spatial. Lancement vis\u00e9 en 2033, mission de 5 ans, budget de 1,2 milliard de dollars hors lanceur. PRIMA est le premier repr\u00e9sentant d&rsquo;une nouvelle classe de missions, les Probe Explorers, recommand\u00e9e par le Decadal Survey 2020. Elle vient combler un vide laiss\u00e9 depuis la fin de Herschel en 2013.<\/p>\n<h2>Qu&rsquo;est-ce que le far-infrarouge, et pourquoi on en a besoin<\/h2>\n<p>Pour comprendre ce que PRIMA va faire, il faut d&rsquo;abord comprendre ce qu&rsquo;est le far-infrarouge.<\/p>\n<p>La lumi\u00e8re que nos yeux voient occupe une bande \u00e9troite du spectre \u00e9lectromagn\u00e9tique : le visible. Le rouge est la longueur d&rsquo;onde la plus longue que nous percevons, autour de 0,7 microm\u00e8tre. Au-del\u00e0, c&rsquo;est l&rsquo;infrarouge. On le divise en plusieurs r\u00e9gimes :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Proche-infrarouge<\/strong> (0,7 \u00e0 5 microm\u00e8tres) : c&rsquo;est ce que JWST regarde avec ses instruments principaux. On voit \u00e0 travers la poussi\u00e8re interstellaire, mais on ne capte pas l&rsquo;essentiel de l&rsquo;\u00e9nergie du froid.<\/li>\n<li><strong>Moyen infrarouge<\/strong> (5 \u00e0 24 microm\u00e8tres) : JWST va jusqu&rsquo;\u00e0 28 microm\u00e8tres, mais sa sensibilit\u00e9 diminue aux plus longues longueurs d&rsquo;onde.<\/li>\n<li><strong>Far-infrarouge<\/strong> (24 \u00e0 350 microm\u00e8tres) : c&rsquo;est le territoire de PRIMA. C&rsquo;est l\u00e0 o\u00f9 la poussi\u00e8re froide, les disques protoplan\u00e9taires, les mol\u00e9cules d&rsquo;eau, les galaxies les plus poussi\u00e9reuses \u00e9mettent l&rsquo;essentiel de leur \u00e9nergie.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Le probl\u00e8me, c&rsquo;est que le far-infrarouge est pratiquement opaque depuis le sol. L&rsquo;atmosph\u00e8re terrestre absorbe ces longueurs d&rsquo;onde. Il faut un t\u00e9lescope en orbite, et qui plus est un t\u00e9lescope refroidi \u00e0 des temp\u00e9ratures extr\u00eames pour que sa propre chaleur ne masque pas le signal.<\/p>\n<h2>Pourquoi JWST ne suffit pas<\/h2>\n<p>JWST est un t\u00e9lescope infrarouge extraordinaire, mais il s&rsquo;arr\u00eate \u00e0 28 microm\u00e8tres. La moiti\u00e9 environ de l&rsquo;\u00e9nergie \u00e9mise depuis le Big Bang a \u00e9t\u00e9 absorb\u00e9e par la poussi\u00e8re interstellaire et r\u00e9-\u00e9mise dans le far-infrarouge, au-del\u00e0 des 28 microm\u00e8tres de JWST. C&rsquo;est la moiti\u00e9 du rayonnement cosmique qui nous \u00e9chappe.<\/p>\n<p>Le far-infrarouge, c&rsquo;est l\u00e0 o\u00f9 se passent les choses fondamentales pour l&rsquo;astrophysique moderne :<\/p>\n<ul>\n<li>La formation des plan\u00e8tes, dans les disques de poussi\u00e8re autour des \u00e9toiles jeunes, \u00e0 des temp\u00e9ratures de 10 \u00e0 100 kelvins.<\/li>\n<li>La chimie de l&rsquo;eau : les raies rotationnelles de la mol\u00e9cule d&rsquo;eau sont dans le far-infrarouge, et c&rsquo;est pour cela que le Decadal Survey 2020 a explicitement cit\u00e9 la question de l&rsquo;origine de l&rsquo;eau sur Terre comme un objectif majeur.<\/li>\n<li>L&rsquo;univers cach\u00e9 : les galaxies actives les plus lumineuses, les galaxies \u00e0 formation d&rsquo;\u00e9toiles intense, sont si poussi\u00e9reuses que la lumi\u00e8re visible et le proche-IR ne les traversent pas. Le far-IR, lui, traverse la poussi\u00e8re.<\/li>\n<li>Les \u00e9l\u00e9ments lourds : la synth\u00e8se des \u00e9l\u00e9ments dans les \u00e9toiles et leur \u00e9jection dans le milieu interstellaire se traduit par des signatures spectrales dans le far-infrarouge.<\/li>\n<\/ul>\n<h2>PRIMA : un t\u00e9lescope \u00e0 4,5 kelvins<\/h2>\n<p>PRIMA emporte un miroir primaire de 1,8 m\u00e8tre, plus petit que les 6,5 m\u00e8tres de JWST mais consid\u00e9rablement plus grand que les 0,35 m d&rsquo;Herschel (le dernier grand t\u00e9lescope far-IR, 2009-2013). La diff\u00e9rence n&rsquo;est pas seulement la taille : c&rsquo;est la temp\u00e9rature.<\/p>\n<p>Le t\u00e9lescope et ses d\u00e9tecteurs seront refroidis \u00e0 environ 4,5 kelvins, soit -268,5 \u00b0C. \u00c0 cette temp\u00e9rature, le t\u00e9lescope \u00e9met presque aucun rayonnement thermique propre, ce qui permet de d\u00e9tecter les signaux faibles des galaxies et des disques froids sans que le bruit du t\u00e9lescope lui-m\u00eame ne les masque. C&rsquo;est l&rsquo;\u00e9quivalent de refroidir un t\u00e9lescope optique pour qu&rsquo;il ne soit pas \u00e9clair\u00e9 par sa propre lueur.<\/p>\n<p>Pour comparaison, JWST fonctionne autour de 50 K, ce qui est suffisant pour le proche et moyen infrarouge mais pas pour le far-IR au-del\u00e0 de 30 microm\u00e8tres. Herschel fonctionnait avec de l&rsquo;h\u00e9lium liquide qui s&rsquo;est \u00e9puis\u00e9 en 2013, limitant la mission \u00e0 3,5 ans. PRIMA vise 5 ans de mission avec une cha\u00eene de refroidissement m\u00e9canique active, en orbite de halo autour du point de Lagrange L2 Soleil-Terre, comme JWST et Roman.<\/p>\n<h2>Les instruments : FIRESS et PRIMAger<\/h2>\n<p>PRIMA emporte deux instruments scientifiques :<\/p>\n<p><strong>FIRESS<\/strong> (Far-Infrared Enhanced Survey Spectrometer) : un spectrom\u00e8tre \u00e0 r\u00e9seau couvrant tout le domaine 24 \u00e0 235 microm\u00e8tres en quatre bandes. Un module Fourier peut \u00eatre ins\u00e9r\u00e9 pour pousser la r\u00e9solution spectrale jusqu&rsquo;\u00e0 20 000, ce qui permet de s\u00e9parer des raies individuelles de mol\u00e9cules comme HD (deut\u00e9rure d&rsquo;hydrog\u00e8ne), H2O, OH, ou le carbone neutre.<\/p>\n<p><strong>PRIMAger<\/strong> : un imageur et polarim\u00e8tre qui se divise en deux sous-instruments. Le <strong>PHI<\/strong> (Hyperspectral Imager) scanne de 24 \u00e0 84 microm\u00e8tres avec une r\u00e9solution spectrale d&rsquo;environ 8, ce qui permet de cartographier la temp\u00e9rature de la poussi\u00e8re et le taux de formation d&rsquo;\u00e9toiles. Le <strong>PPI<\/strong> (Polarimetric Imager) utilise quatre filtres de 92 \u00e0 235 microm\u00e8tres pour mesurer la polarisation de la lumi\u00e8re, un domaine o\u00f9 PRIMA sera le premier t\u00e9lescope de la NASA avec un polarim\u00e8tre d\u00e9di\u00e9 dans le far-IR.<\/p>\n<p>Les deux instruments lisent leurs signaux via des d\u00e9tecteurs \u00e0 induction cin\u00e9tique supraconductrice (KIDs), une technologie murie pendant deux d\u00e9cennies sur des exp\u00e9riences au sol et en ballon stratosph\u00e9rique.<\/p>\n<h2>La nouvelle classe Probe Explorers<\/h2>\n<p>PRIMA est le premier repr\u00e9sentant d&rsquo;une nouvelle classe de missions que la NASA appelle Probe Explorers. Le Decadal Survey 2020 (Pathways to Discovery in Astronomy and Astrophysics for the 2020s) a recommand\u00e9 de cr\u00e9er cette classe pour combler l&rsquo;\u00e9cart entre les petits satellites Explorer (comme SPHEREx, lanc\u00e9 en mars 2025, qui cartographie tout le ciel en proche-IR) et les observatoires phares comme JWST et le t\u00e9lescope spatial Nancy Grace Roman (lanc\u00e9 en 2026).<\/p>\n<p>Probe Explorers cible des missions d&rsquo;environ un milliard de dollars, capables de r\u00e9pondre \u00e0 des questions scientifiques majeures qu&rsquo;un t\u00e9lescope plus petit ne peut pas aborder, sans atteindre le co\u00fbt des flagships. PRIMA a \u00e9t\u00e9 s\u00e9lectionn\u00e9e apr\u00e8s une \u00e9valuation d\u00e9taill\u00e9e de plusieurs concepts, sur la base de la qualit\u00e9 scientifique, de la faisabilit\u00e9 technique et de l&rsquo;alignement avec les recommandations du Decadal Survey.<\/p>\n<h2>Les partenaires internationaux<\/h2>\n<p>PRIMA s&rsquo;appuie fortement sur des partenaires internationaux, plus que la plupart des missions de cette classe. Le CNES (France) co-dirige l&rsquo;instrument PRIMAger avec le Laboratoire d&rsquo;Astrophysique de Marseille et le CEA. Le SRON (Pays-Bas) co-d\u00e9veloppe les deux instruments. Le Max-Planck-Institut \u00e0 Heidelberg a construit les miroirs d&rsquo;orientation de faisceau. L&rsquo;ASI (Italie), la CSA (Canada), le DLR (Allemagne), la KASI\/KASA (Cor\u00e9e du Sud), la JAXA (Japon) et l&rsquo;UK Space Agency (Royaume-Uni) ont tous contribu\u00e9 aux \u00e9tudes de Phase A.<\/p>\n<p>La NASA attribue le JPL (Jet Propulsion Laboratory) en Californie comme centre de gestion de la mission, avec la participation du Goddard Space Flight Center et du Marshall Space Flight Center.<\/p>\n<h2>Ce que \u00e7a change pour l&rsquo;amateur<\/h2>\n<p>PRIMA ne s&rsquo;adresse pas \u00e0 l&rsquo;observation amateur : c&rsquo;est un t\u00e9lescope spatial dont les images seront trait\u00e9es par des \u00e9quipes professionnelles et publi\u00e9es dans des archives ouvertes. Mais pour l&rsquo;amateur int\u00e9ress\u00e9 par l&rsquo;astrophysique, PRIMA va renouveler les r\u00e9f\u00e9rences visuelles du far-infrarouge.<\/p>\n<p>Les images d&rsquo;Herschel, datant de 2009-2013, restent les r\u00e9f\u00e9rences courantes pour illustrer les nuages mol\u00e9culaires, les r\u00e9gions de formation d&rsquo;\u00e9toiles et les galaxies poussi\u00e9reuses. PRIMA, avec un miroir plus de cinq fois plus grand qu&rsquo;Herschel et des d\u00e9tecteurs KIDs modernes, produira des images consid\u00e9rablement plus fines et plus profondes. Les cartes de poussi\u00e8re froide, les spectres de disques protoplan\u00e9taires, les cartographies de galaxies obscurcies qu&rsquo;on montrera dans les conf\u00e9rences et les magazines dans les ann\u00e9es 2030 viendront de PRIMA.<\/p>\n<p>Et pour l&rsquo;observation depuis le sol, le ciel d&rsquo;automne 2026 reste le moment pour observer les objets froids de notre syst\u00e8me solaire. Saturne est en opposition le 4 octobre, Jupiter en ce moment dans le ciel du matin, les Orionides pic le 21-22 octobre. PRIMA, elle, visera l&rsquo;univers au-del\u00e0 de nos t\u00e9lescopes.<\/p>\n<h2>Lancement et calendrier<\/h2>\n<p>PRIMA entre dans la Phase B de d\u00e9veloppement, avec un lancement vis\u00e9 en 2033. La mission principale dure 5 ans, dont 25 % du temps est r\u00e9serv\u00e9 au programme PI-led et 75 % ouvert \u00e0 la communaut\u00e9 via un appel General Observer, selon le m\u00eame mod\u00e8le que Hubble et JWST. Le t\u00e9lescope sera plac\u00e9 en orbite de halo autour du point de Lagrange L2 Soleil-Terre, \u00e0 environ 1,5 million de kilom\u00e8tres de la Terre.<\/p>\n<p>Le d\u00e9fi technique principal reste la cryog\u00e9nie : maintenir un t\u00e9lescope de 1,8 m\u00e8tre et deux instruments \u00e0 4,5 K pendant 5 ans, avec une cha\u00eene de refroidissement m\u00e9canique active, sans pr\u00e9c\u00e9dent vol\u00e9 \u00e0 cette \u00e9chelle pour la NASA. C&rsquo;est un pari technique qui explique pourquoi le far-infrarouge reste si peu exploit\u00e9, et pourquoi PRIMA met si longtemps \u00e0 arriver.<\/p>\n<p><em>Sources : <a href=\"https:\/\/www.nasa.gov\/news-release\/nasa-selects-far-infrared-telescope-as-first-in-new-mission-class\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">NASA &#8211; S\u00e9lection de PRIMA<\/a> ; <a href=\"https:\/\/orbitalhub.com\/2026\/09\/27\/nasa-picks-prima-to-map-the-far-infrared-universe\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">OrbitalHub &#8211; Pr\u00e9sentation de PRIMA<\/a> ; <a href=\"https:\/\/www.ipac.caltech.edu\/prima\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">IPAC\/Caltech &#8211; Page projet PRIMA<\/a> ; Decadal Survey 2020 (Pathways to Discovery in Astronomy and Astrophysics for the 2020s, National Academies)<\/em><\/p>\n<p><em>See also on Deep Space Astronomy: <a href=\"https:\/\/deep-space-astronomy.ch\/en\/jwst-eau-poussiere-sgr-a-voie-lactee\/\">JWST d\u00e9tecte eau et poussi\u00e8re pr\u00e8s du trou noir central de la Voie lact\u00e9e<\/a> ; <a href=\"https:\/\/deep-space-astronomy.ch\/en\/saturne-opposition-4-octobre-2026-guide-observation\/\">Saturne en opposition le 4 octobre 2026 : guide d&rsquo;observation<\/a><\/em><\/p>\n<p><em>Signature: CBurkhalter<\/em><\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La NASA a s\u00e9lectionn\u00e9 PRIMA, un t\u00e9lescope spatial far-infrarouge de 1,8 m refroidi \u00e0 4,5 K, pour explorer l&rsquo;univers froid et poussi\u00e9reux. 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