Premier microblazar de la Voie lactée : un trou noir stellaire pointe son jet vers la Terre (septembre 2026)

Jet du microblazar IRAS 18293-0941 dans la Voie lactée - image multi-longueurs d'onde montrant le jet, le hot spot et le bow shock

En septembre 2026, une équipe internationale d’astronomes a annoncé la découverte du premier microblazar de notre galaxie. IRAS 18293-0941, un système composé d’un trou noir d’environ 10 masses solaires et d’une étoile massive, produit un jet de matière qui pointe presque directement vers la Terre. Et ce jet, en heurtant un nuage moléculaire à 100 années-lumière de là, accélère des particules à des énergies extrêmes – des petaélectronvolts, soit 100 fois plus que le Grand Collisionneur de Hadrons. La découverte a été publiée dans Astronomy & Astrophysics le 22 septembre 2026.

Qu’est-ce qu’un blazar ?

Pour comprendre ce qu’est un microblazar, il faut d’abord comprendre ce qu’est un blazar.

Au centre de la plupart des grandes galaxies se trouve un trou noir supermassif – un monstre de millions à milliards de masses solaires. Quand de la matière tombe dans ce trou noir, elle ne tombe pas directement : elle tourne autour, formant un disque d’accrétion. Une partie de cette matière, au lieu de tomber dans le trou noir, est éjectée à travers les deux pôles sous forme de jets de matière et de rayonnement. Ces jets voyagent à des vitesses proches de celle de la lumière.

Quand un de ces jets pointe vers la Terre, l’objet apparaît beaucoup plus brillant qu’il ne l’est réellement. C’est ce qu’on appelle un blazar. Les blazars sont parmi les objets les plus brillants et les plus lointains de l’univers. Ils se trouvent dans des galaxies distantes, à des milliards d’années-lumière.

Un microblazar, c’est la même chose, mais en miniature. Au lieu d’un trou noir supermassif au centre d’une galaxie lointaine, c’est un trou noir stellaire – un trou né de l’effondrement d’une étoile massive, de quelques masses solaires – dans notre propre galaxie. Le mécanisme est le même : un trou noir attire de la matière, forme un disque d’accrétion, et éjecte des jets. Et un de ces jets pointe vers la Terre.

IRAS 18293-0941 : le système

IRAS 18293-0941 se trouve à environ 12 000 années-lumière de nous, dans la constellation de l’Aigle. C’est un système binaire : deux objets qui orbitent l’un autour de l’autre.

Le premier est une étoile massive et chaude. Le second est un trou noir d’environ 10 masses solaires. Les deux objets orbitent l’un autour de l’autre en 11,38 jours – c’est court. L’étoile est si proche du trou noir que ce dernier lui arrache de la matière.

Cette matière arrachée à l’étoile ne tombe pas directement dans le trou noir. Elle tourne autour, formant un disque d’accrétion. Et juste avant de tomber dans le trou noir, une partie de cette matière est éjectée à travers les deux pôles du trou noir sous forme de jets de matière et de rayonnement. Ces jets voyagent à environ 3/4 de la vitesse de la lumière.

L’un de ces jets pointe presque directement vers la Terre. C’est ce qui en fait un microblazar.

Le jet et le nuage moléculaire

Le jet de IRAS 18293-0941 ne voyage pas dans le vide. Il traverse le milieu interstellaire – le gaz et la poussière qui remplissent l’espace entre les étoiles.

Sur les 100 premières années-lumière de son trajet, le jet a littéralement « nettoyé » le milieu interstellaire. Il a poussé le gaz et la poussière devant lui, créant un tunnel à travers le milieu interstellaire. C’est ce que les astronomes appellent un « cône de clearance ».

Au bout de ce tunnel, le jet heurte un nuage moléculaire – un nuage dense de gaz moléculaire et de poussière, principalement de l’hydrogène moléculaire. L’impact crée une tache brillante dans le nuage : le matériau interstellaire est ionisé et la poussière est chauffée. C’est cette tache que les astronomes ont identifiée comme le site d’accélération de particules.

Les particules les plus rapides de la galaxie

L’accélération de particules à des énergies extrêmes est le point clé de cette découverte.

Les rayons cosmiques – des particules de haute énergie qui bombardent la Terre en permanence – ont été découverts il y a plus d’un siècle. Mais depuis plus de 100 ans, une question reste ouverte : où sont-ils accélérés à des énergies aussi élevées ?

Certains rayons cosmiques atteignent des énergies de l’ordre du petaélectronvolt (PeV) – un million de milliards d’électronvolts. Pour comparaison, le Grand Collisionneur de Hadrons (LHC) au CERN, le plus puissant accélérateur de particules construit par l’humanité, atteint environ 13 téraélectronvolts (TeV). Un PeV, c’est environ 100 fois plus que le LHC.

L’étude a révélé que la tache brillante dans le nuage moléculaire coïncide avec une signature gamma de particules de haute énergie. En d’autres termes, le jet du microblazar, en heurtant le nuage moléculaire, accélère des particules à des énergies de l’ordre du PeV. Cela fait de IRAS 18293-0941 l’un des accélérateurs de particules les plus puissants de la Voie lactée – environ 100 fois plus puissant que le LHC.

Une prédiction de 30 ans confirmée

Les microblazars étaient prédits depuis environ 30 ans. Les astronomes savaient que les trous noirs stellaires pouvaient produire des jets, et que certains de ces jets pouvaient pointer vers la Terre. Mais aucun système n’avait été confirmé comme microblazar jusqu’à présent.

IRAS 18293-0941 avait été catalogué en 1983 par le satellite infrarouge IRAS (Infrared Astronomical Satellite), un télescope spatial néerlandais-américain. L’attention des astronomes avait été attirée par le fait que, dans de nombreuses observations radio, l’objet présentait un noyau compact et brillant avec une émission radio d’un seul côté – un indice de la présence d’un jet.

Une campagne d’observation multi-longueurs d’onde a alors été lancée : des radiotélescopes pour les images haute résolution et les interactions du jet, des télescopes optiques pour les spectres et les mesures de vitesse, des télescopes X et gamma pour le plasma chaud autour du trou noir, et des images infrarouges pour la poussière chaude autour du système.

« Cette découverte met en lumière la puissance d’étudier l’univers avec différents types de télescopes en même temps, car aucun des télescopes individuels n’aurait pu raconter toute l’histoire », résume Jakob van den Eijnden, co-auteur de l’étude à l’Université d’Amsterdam.

Pourquoi c’est important

Cette découverte a trois implications majeures :

  1. L’origine des rayons cosmiques de haute énergie : les microblazars pourraient être l’une des sources des rayons cosmiques les plus énergétiques de la Voie lactée. Le choc entre le jet et le milieu interstellaire est un mécanisme d’accélération efficace.
  1. Un laboratoire local pour les blazars distants : les blazars supermassifs dans les galaxies lointaines sont trop éloignés pour être résolus en détail. Avoir un analogue stellaire dans notre galaxie permet d’étudier la physique des blazars de près. Comme le dit Benito Marcote, chercheur à ASTRON et co-auteur : « Les blazars distants sont trop éloignés pour être résolus dans nos images. Avoir un objet analogue dans notre galaxie permet une étude détaillée de la physique des blazars. »
  1. La formation stellaire dans les nuages moléculaires : le jet en heurtant le nuage moléculaire pourrait influencer la formation d’étoiles dans ce nuage. Comprendre comment le jet chauffe et ionise le matériau interstellaire a des implications pour la formation stellaire galactique.

Et depuis la Suisse ?

IRAS 18293-0941 se trouve dans la constellation de l’Aigle, à environ 12 000 années-lumière de nous. L’Aigle culmine en été, mais en octobre, la constellation est encore visible au sud au début de la nuit, bas sur l’horizon.

Mais ne cherchez pas IRAS 18293-0941 au télescope : ce n’est pas une cible observable. Le système est noyé dans la poussière interstellaire, visible uniquement en radio et en infrarouge. Les jets ne sont pas visibles en lumière optique.

Ce que cette découverte nous dit, c’est que la Voie lactée cache encore des surprises. Un trou noir stellaire, à 12 000 années-lumière de nous, accélère des particules à 100 fois l’énergie du LHC. Et nous venons seulement de le découvrir, 43 ans après que le satellite IRAS a catalogué cet objet pour la première fois.

En résumé

Le premier microblazar de la Voie lactée a été découvert en septembre 2026 : IRAS 18293-0941, un système binaire composé d’un trou noir de 10 masses solaires et d’une étoile massive en orbite de 11,38 jours. Le jet du trou noir, pointé vers la Terre, heurte un nuage moléculaire à 100 années-lumière et y accélère des particules à des énergies de l’ordre du petaélectronvolt – environ 100 fois plus que le LHC. La découverte, publiée dans Astronomy & Astrophysics, confirme une prédiction de 30 ans et fait de ce système l’un des accélérateurs de particules les plus puissants de notre galaxie.

Sources : Phys.org – Milky Way’s first microblazar (22 septembre 2026) ; Astronomy & Astrophysics – Josep Martí et al. (2026) ; arXiv – 2609.00990 ; Space.com – Astronomers discover 1st microblazar (septembre 2026)

Voir aussi sur Deep Space Astronomy : Le télescope Webb trouve de l’eau et de la poussière près du trou noir central de la Voie lactée ; Saison des éclipses mutuelles des lunes de Jupiter

Signature : CBurkhalter

Abonnez-vous à la newsletter

En vous abonnant, vous acceptez notre politique de confidentialité Privacy Policy.
Partager

80 % de ce que vous devez savoir pour profiter pleinement de votre télescope

Recevez une formation complète et gratuite en vous inscrivant à la newsletter !

Newsletter
[category_menu_mobile]